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Chuck Prophet ne se repose pas sur ses lauriers

Le chanteur-songwriter et guitariste confirme sa grande forme avec ce 13ème album studio

Depuis sa période néo-psychédélique avec Green On Red dans les années 80, Chuck Prophet aura donné dans la country, le folk, le blues, tout comme dans un classicisme à la Brill Building. Le musician culte Californien revient cette année avec The Land That Time Forgot, un tout nouvel album qui sortira le 21 août chez Yep Roc. N’ayant pas les moyens d’enregistrer dans sa ville adorée, San Francisco, Prophet est finalement allé trouver une nouvelle énergie au Nord de l’Etat de New-York, à quelques kilomètres de la frontière avec le Vermont. Il y a conçu un disque qu’il décrit lui-même comme “autant un exorcisme du 21ème siècle qu’un disque d’Americana ». Ces chansons habitent un monde où les protagonistes pourraient soit
fuir la police, un patron aux mains baladeuses ou bien les services de l’immigration.

En réalité, ce sont des chansons d’amour qui virent politiques en un éclair, toutes influencées par l’histoire personnelle de Chuck – il a grandi dans une famille républicain fervente. A sa façon, le nouvel album documente la lente déliquescence du parti en question : du train funéraire de  “Honest Abe Lincoln” à une sortie scolaire dans la ville natale de Richard Nixon, jusqu’au pamphlet acide et jouissif de « Get Off The Stage », à propos du clown qui mange des cheeseburgers dans le bureau ovale.

Ecrit pour l’essentiel avec son co-conspirateur de longue date, le poète Klipschutz, l’album s’aventure cette fois hors de la zone de confort de l’artiste, à savoir le sacro-saint set-up de deux guitares, une basse et une batterie. Après avoir mis en boîte trois titres à San Francisco avec le producteur alchimiste « Grammy-fié » Matt Winegar, “on s’est retrouvé devant un mur « himalayen » confie Prophet. Planning. Budget. Véhicules à la fourrière: plus de 1,000$ rien que pour en sortir l’un de nos vans ». Du coup, il est parti en tournée, solo, afin de réunir la somme qui permettrait de reprendre les séances d’enregistrement de l’album.

Puis, en traversant les montagnes Catskills, Prophet a fait étape dans les Old Soul Studios de son vieil ami Kenny Siegal. « With a little help from his friends”, il y terminera le disque.“Chez Old Soul, les musiciens se pointent comme ça, parfois sans savoir même qui enregistre. On a tout fait en « live ». Le batteur, il joue habituellement avec Kevin Morby. Le bassiste est issu de la scène jazz et le pianiste joue avec Bad Seeds. Un melting-pot de personnalités et de styles. Et en fait, on peut faire pas mal de bruit avec des instruments acoustiques, il faut juste qu’il y en ait plein. »

Les racines de ‘The Land That Time Forgot’ sont profondes, depuis le Delta du Sud des Etats-Unis, jusqu’aux discothèques de Munich. Inévitablement, on y trouve aussi un côté folk – il y a beaucoup d’instruments acoustiques, empilés ou/et juxtaposés – mais la musique folk étant le terreau sur lequel toutes les musiques poussent, rien de surprenant à cela. Et il y a toujours la rythmique, là sous nos pieds, qui débarque invariablement. « Marathon » par exemple, “c’est juste une basse Krautrock et des guitares acoustiques à la Everly Brothers à la base. Puis j’ai jeté dans la marmite mon rockabilly, mes trucs à la Roxy Music...” Chuck Prophet au sommet de son art: le songwriting, bien sûr, et les mélodies, mais surtout son art du storytelling. C’est simple (d’apparence) et ça sonne juste.

“Fast Kid” est un autre bon exemple, une chanson évoquant autant “les Judds (!) des années 80, que le delta blues, du Hill Country, du blues, swamp ou encore du rockabilly. C’est du T-Rex mélangé avec une ballade des Appalaches, à propos d’une fille qui grandit trop vite, le tout avec des featurings de Jean Le Baptiste et Willie Wonka.” Sur la joviale “Best Shirt On” – arborant des changements d’accords à la Beach Boys – un ouvrier malchanceux en amour se retrouve planté sous la pluie, avec ses cheveux bien peignés, son chapeau à la main, portant fièrement sa plus belle chemise mais la seule chose qui manque, c’est la fille qu’il aime.

« High As Johnny Thunders” est une ode à deux des héros de Prophet – pas seulement au guitariste des New York Dolls, cité dans le titre, mais aussi à Dion (DiMucci): “J’aime à penser que Dion se sentirait comme chez lui dans cet hommage rose et noir à l’un de nos plus grands héros tombés sur le champs de bataille de l’auto-destruction, notre dandy New-Yorkais décadent et adoré”.

The Land That Time Forgot renferme également parmi les plus grandes réussites de Prophet s’agissant des chansons à thématique politique. “Paying My Respects To The Train” raconte l’histoire du train funéraire d’Abraham Lincoln, retraçant sa route de Springfield à Washington en 1861; quant au doo-wop roots de “Love Doesn’t Come From The Barrel Of A Gun”, c’est “pour tous les gens qui préfèreraient lire une biographie des Coasters plutôt que le magazine Guns & Ammo!” Et puis il y a “Nixonland”, qui évoque l’enfance que Prophet passa dans la ville natale de l’ancien président, La Habra et la sortie de classe, alors qu’il était en primaire, pour aller visiter les premiers bureaux de Nixon.

Last but not least, en apothéose de cet album: ‘Get Off the Stage’, la lettre ouverte de Prophet au clown-en-chef actuel: “Les arguments sérieux n’ayant pas l’air d’avoir beaucoup d’effet, avec Klip on a alors plutôt choisi une approche à la Charlie Chaplin (genre ‘Le Dictateur’)”. Et ça claque bien: You’re an obstruction in democracy’s bowel /and the patient is dying / So please come down off that stage’.

A propos de Chuck Prophet

Chuck Prophet est chanteur, songwriter, guitariste et producteur. Il a débuté sa carrière en 1984 quand le groupe Green on Red l’a sorti de Berkeley, CA pour le mettre dans un van durant huit ans que cette aventure dura, enregistrant six albums studio avec eux. Green on Red étaient un des groupes pionniers de la scène Roots Rock américaine, rencontre entre rock, punk et country, bien avant Wilco et la scène alternative-country. Ils splittèrent en 1992 juste avant que ce nouveau movement musical en devienne porteur. Depuis, Chuck a enregistré quatorze albums solo et a travaillé, sur scène comme en studio, Lucinda Williams, Aimee Mann, Cake, Alejandro Escovedo et Jonathan Richman. Par ailleurs, de nombreux artistes, don’t Bruce Springsteen, Ryan Adams, Solomon Burke ont repris ses chansons.

Son jeu de guitare s’inspire de modèles tels que Keith Richards ou Alex Chilton (Big Star) tandis que ses paroles et son phrasé ont souvent été comparés à Dylan ou Tom Petty. Chuck n’a pourtant jamais été du genre à se reposer sur ses lauriers and ses cinq derniers albums sont indiscutablement les meilleurs de sa carrière. Son groupe The Mission Express comprend sa femme Stephanie Finch aux chœurs et clavier, James DePrato à la guitare, Keven T. White à la basse et Vicente Rodriguez à la batterie.

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