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Pokey LaFarge touche le fond et…renaît.

En 2018, Pokey LaFarge quittait St. Louis pour s’installer à Los Angeles. Il a failli y laisser sa peau. L’excentrique troubadour americana documente sa chute et sa rédemption dans Rock Bottom Rhapsody, son huitième album et le premier pour le label indépendant New West.

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« L’homme qui chante ces chansons n’est pas le même que celui qui les a écrites », annonce Pokey LaFarge à propos de Rock Bottom Rhapsody, son nouvel album à sortir le 10 avril prochain. « Cet album raconte l’histoire de la personne que je fus ».

Au début de l’année 2018, LaFarge – cherchant alors une certaine liberté artistique qu’il ne trouvait pas dans le Midwest – quittait son quartier général de St.Louis dans le Missouri pour s’installer à Los Angeles. Dans ce nouvel environnement, les nouvelles chansons affluèrent rapidement. Les nouvelles tentations, également. Bien qu’il refuse d’en parler en détail, LaFarge admet qu’il connut une réelle « descente aux enfers » pendant les derniers mois de 2018. « Les choses ont lentement commencé à se démêler dans ma tête » se rappelle t-il. « J’ai laissé mes démons prendre le dessus, je m’en suis accomodé et cela m’a détruit. J’ai donné alors bien trop de pouvoir à toutes ces forces sombres, ma chute a été vertigineuse et j’ai pris tant de mauvaises décisions. J’ai touché le fond comme jamais et pourtant, j’ai connu des moments difficiles dans ma vie. »

Bien que « Fuck Me Up », « End Of My Rope”, “Fallen Angel” et “Ain’t Comin Home” aient été écrites avant que la vie de LaFarge parte en « vrille », ces chansons parlent déjà d’une âme malade. « C’est dingue, j’écris ces histoires et ces chansons, et ensuite, malheureusement je vis la situation. Les dernières trois ou quatre années ont été les plus difficiles de ma vie. J’ai pourtant fait le Ryman, rempli théatres et clubs partout dans le monde, j’ai eu la chance de visiter tant de pays, je gagnais bien ma vie, j’ai même pu m’acheter une maison ; je pouvais globalement tout m’offrir, les femmes…mais j’étais malheureux comme jamais car, en vrai, je pensais ne pas mériter mon succès, alors que j’ai tant travaillé pour arriver en j’en suis. Je m’enfonçais de plus en plus…Je tendais les bras à la mort bien plus qu’à la vie : auto-sabotage, auto-destruction, c’était mon truc. »

Puis, peu de temps avant de commencer l’enregistrement de Rock Bottom Rhapsody, LaFarge fit l’expérience d’un éveil mystique – et la foi qu’il trouva alors qu’il était au plus bas fut comme une bouée de sauvetage qui lui permis notamment de terminer le disque. « J’ai écrit cet album avant la chute et je l’ai enregistré bien après. C’est un sentiment étrange. » avoue t-il. « Après le carnage et tout ce que j’ai détruit, tout ce que je recherchais, c’était un peu de paix et d’humilité. J’essayais juste de survivre. C’était un véritable combat que de me lever et d’aller chanter dans ce micro. Je me disais, il faut que ça sorte et puis, après rideau. Je ne savais pas si j’allais me foutre en l’air ou si j’allais juste faire mes valises et disparaître… ou bien si tout ceci allait m’emmener vers un peu de lumière, une rédemption, un peu de paix, de sagesse, toutes ces choses que la foi retrouvée en Dieu nous promet. »

Alors qu’il peinait à trouver un équilibre mental, LaFarge pouvait, heureusement, compter sur le soutien d’un solide groupe de musiciens. Enregistré au départ aux studios Reliable à Chicago, Rock Bottom Rhapsody fut produit par Chris Seefried, un ami et collaborateur de longue date de LaFarge qui co-signe également plusieurs titres de l’album, avec le concours du guitariste Joel Paterson, du clavier Scott Ligon, du bassiste Jimmy Sutton et du batteur Alex Hall, en plus des harmonies vocales de Ligon et Casey McDonough.

« C’est plus ou moins la même équipe avec laquelle j’ai enregistré Something in the Water en 2015, et le même studio aussi, donc il y avait clairement un sentiment familier, une camaraderie » explique LaFarge. « Ces mecs sont meilleurs que n’importe quel groupe de Nashville, Los Angeles ou même Austin. Ce groupe, c’est la classe. Et si tu veux enregistrer avec eux, en fait, tu dois aller chez eux, même si ça veut dire que tu vas te geler les miches à Chicago ! »

Bien que plus enjouées et écrites quand LaFarge était en meilleure forme, des chansons telles que « Bluebird », « Storm A Comin’ » et « Lost In The Crowd » se retrouvent néanmoins arrangées plus chichement. « Avec Chris, on souhaitait revenir à quelque chose de plus dépouillé » explique LaFarge. « On ne voulait pas de cuivres, comme sur Manic Revelations, rien qui ne puisse se mettre en travers du chant et des paroles. Je pense que par le passé, j’étais sans doute un peu trop attaché au style et au concept et cela a fini par compliquer les choses : j’essayais de servir la musique et les musiciens plus que je n’essayais de servir la chanson”

« J’avais déjà imaginé quel genre d’arrangements je voudrais en live sur la route » poursuit-il « et c’est exactement ce qu’on retrouve sur le disque. Ce sera moi aux guitares, puis on aura un piano, un orgue, une contrebasse et une batterie. Cinq sur scène en tout ! »

Après avoir fait une pause dans l’enregistrement du disque pour jouer le rôle d’un personnage « sombre, triste et mafaisant » dans un film pour Netflix intitulé The Devil All The Time – « incroyable, quelle ironie, un mois après avoir « trouvé » Dieu, on me propose un tel film – LaFarge retournait à Los Angeles pour enregistrer « Lucky Sometimes » dans les studios Valentine à North Hollywood. Cet enregistrement présente un quatuor à cordes emmené par le violoniste Paul Cartwright, ainsi que le pianiste de Miles Davis, Deron Johnson. « Nous avons enregistré ce titre en live, dans le studio, à la Frank Sinatra. C’était chouette ! »

Tout au long du disque, la voix plaintive de LaFarge reste heureusement centrale. « J’ai toujours aimé les crooners » dit-il. « Certains pensent aux crooners un peu mielleux façon Bing Crosby, Dean Martin et j’adore, mais je considère aussi des artistes comme Roy Orbison, Nick Cave, Bob Dylan ou Tom Jones être des crooners aussi. J’ai toujours aimé cette façon narrative de chanter, les ballades, et juste emmener ma voix aussi loin que possible afin de raconter une histoire. »

Musicalement, LaFarge continue de mélanger une vaste variété de styles musicaux, tout en ne déviant pas de sa trajectoire. « J’écoute beaucoup de musique latino, beaucoup de musique française en ce moment, ainsi que pas mal de musique jamaïcaine. Pour moi, ce nouveau disque, c’est un peu Roy Orbison et Bob Dylan qui traîneraient avec des groupes de jazz français des années 40. »

Malgré la période sombre qui précéda l’enregistrement de l’album, Rock Bottom Rhapsody est bien plus optimiste et positif que son titre ne le suggère. « Ce désespoir, cette lutte » questionne LaFarge, « est-ce que cela a ajouté quelque chose au disque ? Probablement. Je ne sais pas si l’album en est meilleur pour autant. Ce n’est pas à moi de le dire, on verra comment le public le ressent… »

« C’est certain qu’il y a des éléments dans la Bible que j’ai interprétés, que toute cette souffrance fait partie de la vie » continue t-il. « Et en même temps, il y a plusieurs saisons, il y a des plaisirs, des joies et mêmes des triomphes à venir. Et quand on est tout en haut, on pense qu’on ne tombera jamais. Mais cette chute a certainement donné beaucoup de sens aux choses sur lesquelles j’écrirai à partir de maintenant et j’en éprouve de la reconnaissance. »

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